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El Roslino
Les autorités chinoises poussent à l'adoption de Deepseek-R1 à tous les niveaux de la société. Cet agent conversationnel a réalisé une arrivée fracassante sur le marché voilà deux mois, et sa mise en avant sert les desseins politiques et économiques de Xi Jinping, qui se voit en artisan d'une "révolution des données".
Retrouver des personnes disparues ? C'est une mission pour DeepSeek-R1. Des chevaux qui se baladent sans but dans les rues de Wuhan ? DeepSeek-R1 peut aider à identifier leur haras d'attache. La chasse à la corruption à tous les étages ? Il y a un nouveau shérif IA en ville.
Le célèbre chatbot chinois, venu faire de l'ombre en janvier 2025 aux Américains ChatGPT ou Perplexity, étend lentement son emprise sur un nombre grandissant de secteurs économiques, sociaux et politiques en Chine. Avec le plein soutien du pouvoir central.
Mi-mars, Pékin a ainsi incité les gouvernements régionaux à déployer la solution développée par la start-up DeepSeek pour traquer les fraudes aux aides publiques. L'IA "made in China" "représente un outil puissant pour améliorer l'efficacité de l'application de la loi", ce qui doit permettre "de pénétrer la cape d'invisibilité de la corruption", ont affirmé les autorités locales à Wuhu, une ville de 3,8 millions d'habitants dans l'est de la Chine.
Dans la mégalopole de Shenzhen, aux abords de Hong Kong, DeepSeek-R1 est utilisé pour analyser le flux d'images captées par les caméras de vidéosurveillance afin de trouver d'éventuelles traces de personnes portées disparues, souligne le New York Times.
DeepSeek au bout du fil et dans les hôpitaux
Le chatbot a aussi commencé à répondre aux habitants de la ville de Meizhou, dans le sud de la Chine, qui contactent la municipalité pour des questions administratives. "Après l'adoption de DeepSeek à Meizhou, le temps d'attente en appelant la ligne municipale d'assistance est passé de 32 secondes à 23 secondes, ce qui veut dire que la vitesse de réponse a été augmenté de 28 %", s'est enthousiasmé le Global Times, l'un des principaux quotidiens officiels chinois.
Les constructeurs automobiles n'ont pas manqué de prendre le train en marche pour suivre les directives du pouvoir central. Plus d'une vingtaine de marques chinoises ont annoncé leur intention d'intégrer la nouvelle coqueluche de l'IA chinoise dans leurs futurs modèles, note le site d'information Rest of World.
Les hôpitaux ne veulent pas non plus être en reste. Près d'une centaine d'établissements ont indiqué que DeepSeek allait les aider à confirmer des diagnostics, à rédiger des ordonnances, ou encore à analyser de l'imagerie médicale comme les échographies.
"DeepSeek était vraiment le meilleur cadeau qu'une entreprise chinoise puisse faire au gouvernement en ce moment", affirme Carlotta Rinaudo, spécialiste de la Chine pour l'International Team for the Study of Security Verona (ITSS). Économiquement, la croissance chinoise tourne au ralenti. Diplomatiquement, Pékin est sous pression des États-Unis de Donald Trump, de retour sur le chemin de la guerre commerciale. Et socialement, l'explosion du chômage, notamment des jeunes, attise les tensions.
Signal envoyé à Washington
Dans ce contexte, le gouvernement "avait bien besoin d'un succès économique et technologique qui prouve que la Chine reste capable d'innover", souligne Marc Lanteigne, sinologue à l'Université arctique de Norvège.
Les responsables chinois ne manquent pas une occasion de brandir l'étendard DeepSeek. Le congrès des "Deux sessions" - rendez-vous politique le plus important de l'année, qui s'est achevé le 11 mars - a été "l'occasion pour les dignitaires du Parti communiste chinois (PCC) de se féliciter du succès de cette IA", note Marc Lanteigne. Les participants au congrès ont promis de soutenir davantage les jeunes start-up qui peuvent permettre à la Chine de briller au niveau international.
Car pour le PCC, "DeepSeek représente un nouveau moment Huawei, comme lorsque le fabricant de téléphone avait sorti en septembre 2023 un modèle équipé d'une puce 5G fabriquée en Chine alors qu'il y avait un embargo américain sur les composants électroniques", estime Carlotta Rinaudo. C'est le même sentiment de "fierté nationale" avec cette IA "déployée au moment où Donald Trump revenait à la Maison Blanche avec un discours très antichinois", précise Marc Lanteigne, qui estime : "C'est clairement un signal envoyé à Washington pour signifier aux Américains qu'essayer de les isoler technologiquement était une entreprise vouée à l'échec".
Ce spécialiste souligne aussi "la rapidité avec laquelle DeepSeek est déployé à tous les niveaux de la vie économique et sociale". Ce n'est pas un hasard : il s'agit là encore d'essayer de prendre les États-Unis de vitesse. De l'autre côté du Pacifique, les Américains sont engagés dans une course à la puissance, cherchant avant tout à développer un modèle de langage plus puissant que celui du voisin, "alors qu'en Chine, les autorités veulent démontrer que DeepSeek est déjà utilisé concrètement dans la vie de tous les jours", note Marc Lanteigne.
Cet aspect très pratique "peut signifier que Pékin est prêt à utiliser DeepSeek comme un outil de soft power, notamment à l'égard du Sud global. Le message est de dire que la Chine dispose non seulement d'une stratégie en matière d'IA, mais que leur solution est prête à être utilisée", analyse Carlotta Rinaudo. Tous ces exemples concrets que les médias chinois s'empressent de relayer représente ainsi une sorte de "show-room" pour d'éventuels partenaires prêts à adopter l'IA "made in China".
Soft power et idée fixe de Xi Jinping
La "révolution DeepSeek" a aussi une dimension personnelle pour Xi Jinping, liée à une stratégie qu'il promeut depuis près de quinze ans et qui l'obsède depuis encore plus longtemps. Cette IA "représente la cerise sur le gâteau du programme 'Chine Digitale' que le président chinois met en place depuis son arrivée au pouvoir en 2012", assure Carlotta Rinaudo.
Cette stratégie nationale "vise à rendre l'État plus efficace à tous les niveaux grâce aux données", explique la spécialiste de l'ITSS. Xi Jinping était déjà obsédé par l'exploitation des données il y a plus de vingt ans, lorsqu'il était gouverneur de la province de Fujian, explique Carlotta Rinaudo. Il pensait alors que la technologie représentait la clé pour améliorer l'administration d'une région, qui "était alors plutôt en retard sur le reste du pays", détaille l'experte.
L'avènement de l'IA et de DeepSeek représente ainsi une sorte de moment eurêka pour lui. Il donne corps à son grand dessein de "révolution des données" et positionne la Chine en bonne place pour jouer les premiers rôles dans ce grand chamboulement sociétal à l'échelle nationale.
Pas étonnant donc que Xi Jinping et le PCC poussent pour faire entrer la Chine dans l'ère DeepSeek à tout prix. Mais cette avancée à marche forcée aura forcément des ratés. "Les autorités sont conscientes que ce modèle n'est pas parfait et fera des erreurs", reconnaît Marc Lanteigne. Le régime chinois met ainsi un nombre toujours croissant de secteurs affectant directement la vie de centaines de millions de Chinois entre les mains d'une start-up qui était totalement inconnue du grand public il y a à peine quelques mois.
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